mercredi 29 mars 2017

La dernière lame

HISTOIRE

Depuis des années, la Crue engloutit tout sur son passage. Pourra-t-elle s'arrêter un jour ?
En tout cas, le sort du monde repose sur les épaules de deux personnages : Marie et Joad. Leur rencontre va provoquer bien des bouleversements dans leur vie.

CRITIQUE

Estelle Faye est une auteure française qui sera présente au Festival Trolls et Légendes cette année. Je voulais absolument lire une de ses œuvres et mon choix s'est porté sur La dernière lame.
Le résumé de l'intrigue que j'ai écrit vous semble bizarre ? Eh bien, c'est exactement ce que j'ai ressenti durant toute ma lecture : une impression de bizarrerie, due en grande partie au texte et à l'univers, très brouillons.
Mais je vais essayer de développer tout ça.

Tout d'abord, nous sommes dans de la fantasy. Et qui dit fantasy qui univers. Ici, nous sommes dans une espèce de Renaissance où les villes sont englouties au fur et à mesure par la Crue. Les océans montent en effet de plus en plus sans trop savoir pourquoi. Et il semblerait qu'on peut l'arrêter grâce à une puissance divine.

Vous trouvez que c'est très flou ? C'est normal : l'auteure a de bonnes idées à proposer, mais tout est si confus qu'on a du mal à comprendre ce qu'elle veut dire. Et donc, du mal à la suivre.
Il manque beaucoup d'éléments dans la construction de l'univers mis en place : on ne sait pas trop pourquoi la Crue existe, d'où vient l'Eglise des Cendres, pourquoi Marie a été choisie pour la représenter, les tatouages de Julian, etc.
Bref, des éléments abordés de façon trop brèves et que j'aurais aimé approfondi davantage.
C'est dommage parce que le monde présenté présente plusieurs facettes intéressantes : la religion est archi-présente, au travers de l'Eglise des Cendres ou encore des cultes d'anciennes divinités présentées par des peuples "païens". J'ai trouvé cet élément très intéressant, très proche de notre histoire et sans doute le mieux construit de tout l'univers.
En plus, on est soi-disant dans la Renaissance, mais alors soit elle est très revisitée, soit c'est juste sur la quatrième de couverture pour appâter le lecteur. Parce que je n'ai retrouvé aucun élément susceptible de se rattacher à cette période historique. Mais bon, en soit, c'est pas le point le plus dramatique.

L'histoire présente le même souci. Durant ma lecture, je me suis demandée où Estelle Faye voulait m'emmener. Et là encore, on se retrouve avec pas mal de questions en tête, sans avoir de réponses, même en terminant le livre. La frustration n'en n'est que plus grande.
Surtout qu'elle n'épargne pas ses personnages qui vivent des moments difficiles. On est dans un monde sombre où l'océan est un élément à part entière puisqu'il monte à une vitesse alarmante, privant peu à peu les hommes de terres. Jusqu'au jour où il n'y en aura plus.
On se retrouve donc avec une épée de Damoclès constante au-dessus de la tête, le tout sur fond de guerre.
De plus, certaines scènes sont vraiment étranges : je pense à celle où Joad retrouve des éléments de son passé ou encore celle avec Julian et Marie. C'est pas très clair et surtout, c'est parfois mal amené...
J'ai pas trop compris le rôle de certains personnages par rapport à l'intrigue (notamment Julian et ses tatouages. Un prophète, peut-être ?) et surtout, la fin est assez spéciale ; je vous laisse juger mais perso, je trouve qu'on clôt trop vite le roman.

Et puisqu'on vient à parler des personnages, je voudrais écrire quelques mots sur Marie.
Cette dernière possède une histoire particulière qui va la rendre unique parmi ses collègues. Non seulement elle est la seule femme à savoir se battre, mais elle possède en outre un petit côté à la Jeanne d'Arc dans sa manière d'haranguer les foules, surtout les hommes.
J'ai beaucoup aimé cette jeune demoiselle qui se révèle très mystérieuse et combative. Je pense notamment à la dernière partie de l'ouvrage que je ne dévoilerais pas, mais elle va se montrer encore plus redoutable qu'avant.
Mais le manque de développement de son passé ne joue pas en sa faveur. Encore une fois, l'auteure n'aborde pas des points essentiels à mes yeux : son entraînement par exemple ou encore ses pensées les plus intimes. J'aurais tellement aimé mieux la connaître car elle est incontestablement le personnage qui m'a le plus marqué !

On suit aussi Joad, sans doute le plus "humain" de tous ceux qu'on rencontre. Médecin, il consacre sa vie à son travail et à ses patients. Il va vivre des moments très difficiles, mais aussi des moments de bonheur, grâce à ses histoires de cœur. Là encore, son passé n'est pas suffisamment approfondi pour qu'on ressente un énorme attachement. J'ai préféré de loin Marie, même si Joad apporte une touche d'humanité bienvenue dans un monde aussi brutal que celui-ci.

Concernant les personnages secondaires, étant donné leur rôle confus, je n'ai pas eu d'attachement du tout. Je pense à Julian et Sophie en premier : en quoi consiste leur rôle exactement ? C'est à se demander s'ils auraient eu une influence sur le roman s'ils n'avaient pas été là...

Je terminerais cependant cette chronique avec une note positive : la plume de l'auteure.
Elle sait en effet décrire de façon très réaliste les décors, à tel point qu'elle fait appel à d'autres sens que la vue : l'odorat, l'ouïe et même le goût ! C'est tellement bien décrit qu'on est totalement immergé dans le monde qu'elle propose.

Pour un premier roman de fantasy, Estelle Faye nous propose une superbe plume ! Mais cela ne suffit pas : l'univers et l'intrigue manquent cruellement de profondeur et on quitte La dernière lame avec beaucoup de questions sans réponses. Les personnages souffrent aussi de ce gros défaut, malgré leur immense potentiel (Marie en tête).
Mais je lirais d'autres romans de cet auteure, curieuse de voir ce qu'elle propose à ses lecteurs en librairie.

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