vendredi 7 avril 2017

De la part du diable

HISTOIRE

Dorothe est une jeune adolescente de 16 ans mariée de force à un homme ayant l'âge de son père. Elle va devoir apprivoiser son nouvel environnement et sa nouvelle vie.
Elen vit seule avec sa mère, éternelle célibataire qui collectionne les hommes et les accouchements. Ce qui ne l'empêche pas de pratiquer la magie blanche, qu'elle transmet à sa fille.
Les deux demoiselles vont se croiser et leur destin va totalement basculer.

CRITIQUE

Ce roman m'intriguait beaucoup, de part sa couverture (même si je la trouve moche), et le résumé en quatrième de couverture. Et ce fut au final une belle surprise !

On suit deux adolescentes aux vies différentes : Dorothe, mariée de force qui va petit à petit apprendre à connaître et aimer son mari ; et Elen, une adolescente vivant avec sa mère au mode de vie peu conventionnel.

Ce que j'ai particulièrement aimé dans cette lecture, c'est le contraste entre les deux jeunes filles : l'une est soumise à la décision parentale et l'autre vit pleinement sa vie... au risque de s'attirer les pires ennuis.
On suit donc deux histoires différentes, mais qui finissent (on s'en doute) par se croiser. L'auteure amène les choses de façon parfois abrupte, je dois bien l'avouer : étant donné que le livre n'est pas très grand, l'intrigue prend parfois un coup d'accélérateur.
Pour vous citer plusieurs exemples : la manière dont Elen et Dorothe se rencontrent qui semble trop facile. J'ai même eu l'impression qu'il manquait des passages, tant ça va vite ! Idem pour la fin où non seulement les événements s'enchaînent trop vite, mais le dernier paragraphe nous mène à penser que l'auteure a encore des choses à dire. La conclusion n'en n'est donc pas une ; j'aurais tellement aimé avoir des pages supplémentaires pour en savoir davantage sur ce qu'il advient des protagonistes.
Je suis ressortie de cette lecture très frustrée, d'autant plus que le contexte historique présenté m'a séduite dès le résumé.
Car l'histoire se passe au 17ème siècle, en pleine chasse aux sorcières. La moindre suspicion, le moindre écart est aussitôt rapporté ; ce roman démontre à quel point les commérages et la jalousie peuvent faire des ravages.

J'ai beaucoup aimé le contexte dans lequel nous sommes plongés. Certes, ce n'est pas non plus très développé (le roman fait à peine 252 pages), mais l'auteure sait nous mettre dans le bain. On se rend dès lors compte que nous sommes dans une société où la femme n'a pas son mot à dire et doit se soumettre, notamment par rapport au mariage qu'on lui impose. Et si vous n'entrez pas dans le moule, vous attirez aussitôt la suspicion et/ou la jalousie.
C'est ce parallèle de la condition féminine qui est le point le plus intéressant de ce roman ; au travers les histoires de Dorothe et Elen, ce sont deux points de vue féminins radicalement différents qui présentent la société dans laquelle elles vivent.

En soi, elles sont toutes les deux attachantes et vivantes dans l'esprit du lecteur. Et comme elles sont les narratrices, l'identification n'en n'est que plus grande.
Pourtant, j'ai eu du mal avec Dorothe au début. Elle se soumet très facilement aux desiderata de ses parents et part vivre une nouvelle vie en compagnie de son époux.
Plus on avance, plus elle se révèle être une bonne maîtresse de maison et surtout, elle apprend petit à petit à aimer son mari ; un lien très tendre finit même par se créer entre eux. Ce qui rend le couple au final attachant ; j'ai eu du mal à le quitter.
Dorothe se révèle donc progressivement et devient un personnage qu'on aime suivre. Et on finit par comprendre son choix : après tout, qu'aurait-elle pu faire si elle avait refusé le parti qu'on lui présentait ? Que serait devenu sa vie ?
Bref, elle se montre mature pour son âge et, d'adolescente, elle devient vraiment femme.

Concernant Elen, j'ai eu plus de mal à m'attacher à elle. Même si elle adopte un comportement moins conventionnel et qu'elle a un mode de vie peu banal, son caractère m'a heurtée. On le voit surtout dans les scènes avec son petit frère ; elle éprouve un vrai mépris vis-à-vis de lui, voire du dégoût. Un tel rejet avait de quoi me heurter, en tant qu'aînée d'une fratrie de trois sœurs.
Et puis, elle finit aussi par se dévoiler progressivement ; et comme Dorothe, j'ai finis par m'y attacher. Ce qui fait que j'ai eu mal pour elle, vu ce qui lui tombe dessus...

J'ai beaucoup aimé le style, plutôt soutenu de l'auteure. Mais cela ne fait pas un livre difficile à lire pour autant ; par contre, les scènes de torture, assez "vivantes" en matière de descriptions font qu'il n'est pas à mettre entre toutes les mains. Cela dit, cela renforce le côté immersif du récit.

De la part du diable est une bonne surprise, avec ses deux héroïnes que tout oppose et leurs histoires mettant en relief la condition féminine de l'époque. Je regrette juste que le roman soit si court ; quelques pages supplémentaires auraient apporté davantage de profondeur à l'ensemble.

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