lundi 25 décembre 2017

La marque de la Bête

HISTOIRE

Bruna est une jeune adolescente de 16 ans qui n'a pas la vie facile : sa mère est morte en couches et son père a sombré dans la folie. Son seul réconfort, elle le trouve auprès de la peau du Moroch, une créature terrifiante.
Un soir, son père tente de la violer. Elle n'a alors d'autre choix que de s'enfuir, avec la peau du Moroch sur les épaules.
Commence alors une fuite éprouvante où la belle pourrait perdre bien plus que la vie : son humanité.

CRITIQUE

Cela faisait un moment que ce titre me faisait de l’œil. Une réécriture du conte de
Peau d'Âne à la sauce fantastique, en plus sombre, y avait de quoi me séduire.
Le souci, c'est qu'avec Charlotte Bousquet, c'est souvent en dent-de-scie. Si j'ai adoré son dernier livre lu Là où tombent les anges, j'ai certes accroché avec La marque de la Bête, mais y a un truc qui a tout flanqué par terre : la romance.

Le roman se centre essentiellement sur Bruna, 16 ans, qui fuit son château, après une tentative de viol, par son propre père. Elle n'a comme seul bagage qu'une peau de bête qu'elle porte constamment sur ses épaules.
Cela ne vous rappelle rien ?

La réécriture en elle-même m'a beaucoup plu : si vous avez en tête le film avec Catherine Deneuve dans le rôle-titre, oubliez-le direct !
L'auteure nous offre sa vision très personnelle de Peau d'Âne, ajoutant une touche de fantastique, mais en apportant surtout une vision très sombre du conte de Charles Perrault.

On reprend l'idée de l'inceste, mais cette fois, Bruna doit fuir après une tentative de viol, par son père. Elle emporte avec elle la peau du Moroch, créature monstrueuse issue des ténèbres, qui possède encore une volonté propre et va s'en servir pour guider la jeune fille, mais aussi l'entraîner dans les tréfonds de l'âme humaine.

En effet, là où le fantastique apparaît, c'est lorsque Bruna peut transposer son esprit à un endroit précis, quand ce n'est pas le Moroch qui la pousse peu à peu à abandonner son humanité pour se transformer en une bête sauvage, avide de sang.

J'ai tout particulièrement aimé ce point de l'intrigue : l'idée qu'une humaine perd peu à peu ses repères et son côté "humain" pour devenir peu à peu un monstre aussi démoniaque que le Moroch. C'est très bien amené et c'est raconté d'une manière telle qu'on se demande vraiment si Bruna va échapper  l'emprise de la créature ou non.

Et l'idée aurait pu vraiment être poussée à fond si la romance ne venait pas tout foirer.
Bruna va, en effet, rencontrer Cassian, un poète auquel elle va éperdument s'éprendre. Outre le fait qu'on n'y croit pas du tout (genre c'est de suite le grand amour alors qu'ils n'ont fait qu'échanger un regard), ça gâche tout le potentiel que l'auteure avait construit.
Du coup, le roman noir se transforme en "sauvons Cassian d'une mort certaine", alors qu'elle ne le connaît pas du tout. Pourtant, l'idée qui jaillit à la fin du bouquin était bonne. Mais comme c'est uniquement pour les beaux yeux d'un type, encore une fois, ça gâche un potentiel énorme qu'on pouvait y trouver dans les dernières pages.
Et je ne parle même pas de l'épilogue, un gâchis énorme qui m'a mise en colère. "Tout ça pour ça", c’est clairement ce que je me suis dis quand j'ai refermé le livre.

Malgré tout, je me suis attachée à Bruna ; cette adolescente obligée de tout quitter pour préserver son intégrité physique, contrainte de vivre en ermite dans la forêt. J'ai beaucoup aimé son cheminement, ses questionnements, sa culpabilité vis-à-vis du comportement de son père et le sien.
J'ai aimé aussi les dialogues entre elle et le Moroch. Le fait qu'il lui offre ses pouvoirs (mais pas gratuitement) renforce leur lien. C'est vraiment le point fort du livre, pour moi.

Concernant les autres personnages, étant donné que le récit est court (moins de 250 pages), on ne s'attarde pas sur eux. On a quelques éléments, mais ils sont si peu développés que je n'ai pas ressenti d'attachement spécifique. Y compris pour le fameux Cassian qui fait battre le cœur de notre héroïne.

L'autre gros point fort du récit est la plume : Charlotte Bousquet nous transporte dans un univers bien loin du monde enchanteresse de Peau d'Âne. Pas de robes couleur du temps, du soleil et de lune, pas de fée-marraine, mais un monde impitoyable où une adolescente, livrée à elle-même doit faire face à ses démons, guidée par une créature qui veut l'entraîner dans les ténèbres.
C'est tellement immersif que je me suis imaginée les murs du château, la forêt immense à la fois protectrice et menaçante... Bref, j'imaginais parfaitement les scènes dans ma tête.

Si la romance vient tout gâcher, il n'en reste pas moins que j'ai passé un agréable moment. J'ai surtout aimé la plume ainsi que la réécriture en elle-même. Sans compter Bruna et sa relation très spéciale avec le Moroch.
Une sympathique découverte jeunesse que je vous invite à lire, si ce n'est déjà fait.

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